mercredi 4 février 2009, par Jean-Paul
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Faut-il boycotter la Birmanie ?
Bien sûr, avant d’y aller, on savait que le Myanmar (nouveau nom depuis 1989) n’était pas une démocratie mais bien une dictature.
L’actualité récente (soulèvements de 2007) a montré la violence de la répression militaire. Aung San Suu Kyi (Prix Nobel de la Paix et leader du mouvement d’opposition NLD) est toujours en résidence surveillée depuis mai 2003. Les militaires ont refusé toute aide internationale à l’occasion des catastrophes qui ont frappé le pays (tsunami, tornade 2008). L’argent du tourisme alimente les caisses de l’Etat et donc de la junte au pouvoir. Et on pourrait citer ainsi de nombreux autres exemples ...
Qu’avons-nous vu et ressenti au cours de notre court voyage de 24 jours ?
Tout d’abord et avant tout, l’incroyable gentillesse de Birmans. Evidemment, le fait de sourire ne signifie pas forcément que les gens sont heureux mais jamais nous n’avions rencontré autant de visages ouverts et épanouis.
La beauté incroyable des campagnes avec toute cette animation incessante dans les champs. Ce spectacle des paysans au travail peut apparaître très bucolique et photogénique.
Il semble pourtant qu’il y ait peu de perspectives de modernisation au moins dans un avenir proche.
Toutefois, on n’a pas vu d’enfants en mauvaise santé (comme au Laos) et autour des maisons il y a des potagers et des animaux. On peut penser que cela leur suffit à subvenir à leurs besoins alimentaires.
On sent une énorme ferveur religieuse autour des milliers de temples disséminés dans le pays. Le bouddhisme et sa croyance dans une vie meilleure au travers de la réincarnation permet sans doute d’assumer plus facilement une vie difficile.
Le long des routes (en très mauvais état), des milliers d’hommes, femmes et enfants réparent la chaussée. Ils cassent des cailloux, chauffent du goudron dans des fûts, balaient les bords, ramassent la terre à la main ... Est-ce que ce sont des travailleurs forcés (comme on a pu le lire) ? On ne les saura pas. En tout cas, leur tâche semble sans fin tant il y a des kilomètres de routes défoncées.

En revanche, la nouvelle route commencée en 2005 ( 2X4 voies !) qui reliera Yangon à la nouvelle capitale Pyinmana est en très bonne état et de nombreux engins modernes y travaillent. Il faut dire que cette route sert prioritairement aux voitures officielles. De même, aux environs de Pyinmana, on voit s’élever des dizaines de bâtiments à l’architecture contemporaine, des hôtels luxueux, des terrains de golf ... comme une provocation face à la vie modeste de la majorité des birmans.
En ce qui concerne les déplacements, il faut bien comprendre que de nombreuses régions sont formellement interdites sous peine d’expulsion. C’est ainsi que les touristes se retrouvent sur une sorte de « circuit » presque incontournable. Pour accèder à certaines villes, il faut un permis de circuler. La demande doit être rédigée par écrit selon un modèle dans lequel on s’engage à ne faire aucun commentaire d’ordre politique pendant le séjour !
Nous avons réussi à discuter (le plus souvent très discrètement) avec des Birmans qui ont osé nous parler de leur ras-le-bol de la main mise militaire sur leur pays, de leur désir de changement. A ce propos, il me revient une anecdote. Lors d’un contrôle de police, Sai notre chauffeur a présenté les papiers. A son retour, il semblait contrarié ; il nous a avoué que le policier lui avait reproché une attitude négligée à son égard . Tout simplement parce que, fatigué par plusieurs heures de conduite, il s’était étiré le dos !
Nous avons pu aussi nous rendre compte de l’indigence des soins médicaux en nous rendant dans un hôpital. Des chambres nues et une dizaine de personnes allongées sur des lits rudimentaires. Norman, un vieux birman nous a dit qu’il valait mieux mourir (« et vite ») que d’aller à l’hôpital si l’on était gravement malade.
Il n’y a aucune banque pour les touristes ni distributeur d’argent et les cartes bancaires ne sont pas acceptées. Il s’agit là d’ une des représailles des militaires au boycot imposé par les Etats-Unis. Il faut donc emporter suffisamment d’argent liquide pour tout le séjour (difficile quand on ne connaît pas bien le coût de la vie). Pour l’anecdote, les billets doivent être comme neufs ; au moindre minuscule défaut, ils sont refusés. C’est presque comique quand, on connait l’état quasi chiffonneux des billets (Khats) birmans.

Nous avons essayé de loger dans de petits hôtels qui ne soient pas gouvernementaux, de manger dans de modestes restaurants, de faire des achats sur les marchés. De plus, nous avons toujours demandé très clairement à ne pas être pris en charge par un organisme dépendant du gouvernement. Mais nous savons bien que des taxes sont reversées au gouvernement et de cette manière notre argent peut permettre d’alimenter la répression.
Ce pays ne nous a pas laissé indifférent. Même si nous avons conscience qu’une partie de notre argent enrichit le gouvernement, nous savons aussi que le Myanmar est un pays qui possède des richesses naturelles importantes. Il ne dépend que marginalement du tourisme (en tout pas du tourisme individuel). De plus, il est solidement soutenu financièrement et militairement par la Chine.
Nous pensons qu’il n’y a rien de pire pour ses habitants qu’un pays complètement fermé et il nous semble que les touristes responsables peuvent constituer un véritable Cheval de Troie à l’intérieur de la Birmanie.
Voila pourquoi nous avons choisi d’aller en Birmanie et nous y avons passé quelques-uns des meilleurs moments de notre escapade.